Réorganiser le chaos

La technologie, ou « la connaissance » comme je préfère la désigner, perfectionne les marchés. Cependant, un marché parfait est loin d’être parfait quand vous le regardez du point de vue d’un vendeur.

Au début, il y avait des marchés. Nous avons fait du commerce. Les gens échangeaient des biens contre des biens, puis peu à peu contre de l’argent. Le prix est devenu un vecteur d’information. Dans le bazar local, toutes les informations étaient disponibles à portée de main. Vous pouviez voir, toucher et sentir les tomates, les poissons ou les bijoux. Au fil du temps toutefois, au fur et à mesure que les produits se sont complexifiés et que les distances géographiques se sont allongées, l’information s’est raréfiée et le retour d’information s’est ralenti. L’incertitude a explosé. Les marchés ont commencé à rencontrer des problèmes.

Pour répondre à cela, nous avons commencé à établir des hiérarchies, en créant des organisations à l’image des entreprises commerciales d’aujourd’hui. Nous avons commencé à produire en interne, plutôt que d’acheter aux autres. Les marchés et les hiérarchies remplissent essentiellement la même fonction – ils sont un support pour le commerce des hommes. En réalité, les sociétés ne sont rien d’autre que des économies planifiées, mais privées. Plutôt que l’argent, c’est l’homme qui les coordonne. Elles sont régies selon des plans et des budgets, et non par les prix. Elles font appel de manière prédominante aux contrats à long terme plutôt qu’aux négociations permanentes. L’avènement des organisations hiérarchiques a entraîné la possibilité de réduire artificiellement l’incertitude. Et cela a fonctionné. Les gains de rendement ont parfois été énormes. Et puis de grandes entreprises ont vu le jour.

Dans le « désert d’informations » de l’époque, des entreprises de toutes sortes ont pu être à la manœuvre. Aujourd’hui toutefois, nous entrons de nouveau dans la jungle de l’information avec vengeance. Big data, mégadonnées, zettaflood… appelez le phénomène comme vous voulez. Le fait est que l’information est de nouveau disponible là, à portée de main. Nous sommes revenus dans le bazar – bien que cette fois, il soit dans le monde virtuel, le voisinage du net.

Jour après jour, les marchés fonctionnent de mieux en mieux et avec toujours plus d’efficacité, grâce à toutes les technologies qui nous entourent. À l’instar d’un virus agressif, les marchés commencent tout juste à attaquer et affecter les hiérarchies. Les sociétés commerciales et les autres organisations sont à l’extrémité du processus. Les premiers signes de ce changement résident dans le fait qu’au lieu de faire des choses en interne, les entreprises achètent de plus en plus sur des marchés externes. Au lieu d’une intégration verticale, on assiste à une désintégration verticale. De fait, cela semble être le nerf de la guerre : une véritable désintégration des différentes fonctions de l’entreprise traditionnelle qui laisse peu à peu la place à une intégration virtuelle.

Le résultat de tout cela ? L’« infostructure » d’une entreprise est devenue plus importante que son infrastructure. Par conséquent, les entreprises les plus modestes (en termes de nombre d’employés) peuvent et ont pu devenir les sociétés les plus importantes par le chiffre d’affaires.